Terres de Nauze

Petite promenade dans nos lieux-dits

 

 

 

 

J. Rigousti

 

 Qui est Jean Rigouste ?

 

Ce professeur d'université qui a mis le pied sur tous les continents, apporte son expertise linguistique dans bien des débats. Occitaniste, il se plaît à écrire ses ouvrages tant en français qu'en occitan, sa langue maternelle. Il n'a découvert le français que sur les bancs de l'école primaire de son village natal quercynois. Il cultive, parmi ses passions, l'onomastique. Il est intervenu en Périgord dans de nombreuses soirées-débats, toujours avec finesse et humour.

 

Jean m'a largement éclairé pour revenir sur des toponymes locaux. Je ne saurais jamais assez le remercier, d'une part, de m'accorder son amitié et, d'autre part, d'avoir consacré tant de travail pour nous éclairer sur ces toponymes et patronymes qui nous interpellent et nous fascinent.

 

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Oui, nos lieux-dits assemblent certainement la petite histoire de la communauté humaine et la grande histoire de la nature. Attention, ils peuvent aussi, dans leur lointain passé, recouvrir une origine obscure que la "remotivation" et l'orthographie ont transformée. Souvent, bien souvent, les certitudes et les évidences s'effondrent et il ne reste plus que les hypothèses et quelques énigmes.

 

Dans notre tissu rural, on trouve souvent des toponymes qui ne sont que "remotivations" dont l'origine celtique, voire indo-européenne, bien avant que nos ancêtres soient les Gaulois ou les Celtes, est si lointaine que l'on en a perdu le sens initial.

 

Les plus férus d'onomastique avouent que leur science échoue souvent sur les origines et optent pour la "remotivation". Ainsi, on a changé le sens de l'embasement fort lointain pour lui trouver un sens qui peut "coller".

 

Cela va de lieux-dits ruraux mais aussi de quartiers urbains voire de localités comme Fonsegrives, aux portes de Toulouse, ou St Leu dans la forêt de Chantilly. L'ennemi de toujours des humains, là, a été anobli.

 

Parmi les villes aux noms d’animaux, on trouve toutes les espèces : Étalon dans la Somme, Le Lamentin en Martinique, Autruche dans les Ardennes, l’Aigle dans l’Orne, Faucon dans le Vaucluse, Mouton en Charente, Hérisson dans l’Allier, La Baleine dans la Manche…

 

Revenons à nos lieudits dont le toponyme, plus que vraisemblablement, s'impose de nos jours après une lointaine "remotivation". Parmi eux, on trouve plusieurs Cantegrel, Cantemerle, Cantelauzel, Cantelouve,  en remarquant que personne n'a, à ce jour, entendu de loup ou de louve chanter. Les grillons, les "grels" occitans, les oiseaux, les "aousels", gare à l'orthographie et au diphtongue, des terres du sud, heureusement pour la perception auditive champêtre, n'ont pas retenu comme lieux de prédilection exclusifs, des lieux-dits saint-amandin, carvésois ou buguois. Ils concourent aux mélodies bucoliques, un peu partout.

  

Il y a quelques jours, mon ancien condisciple Jacques Malaurie disait, avec justesse, que nos ancêtres et aînés ont toujours dit Cantelauzel...  sans, nullement, s'interroger à l'infini sur l'onomastique des lieux.

 

Cantelauzel, pour Jean Rigouste, serait une "réappropriation" lointaine, fort lointaine, et il opine pour un très vieux toponyme qui tirerait sa construction de l'agglutination de "kant", terminologie germanique qui désigne la pente et la seconde partie du toponyme indiquerait soit des pierres plates, voire un gisement de lauze. Il peut avoir disparu depuis des lustres

 

Par ailleurs, l'orthographie de Cantelauzel, à prendre avec le plus grand discernement, ne va pas dans le sens de l'oiseau orthographié en occitan "aucèl" ou "aucelet" quand il est encore petit.

 

Phonétiquement, en Périgord du sud, c'est "l'aousel". Dans le tout proche Quercy, le s mute en g. Attention aux subtilités locales de l'occitan.

 

 

 

Cantegrel - Carves 02

 

Photo © Bruno Marty

 

 

Pour Cantegrel, c'est toujours la pente qui s'impose et il suppose que cette pente était, ou fut, graisseuse. Attention, l'érosion et les amendements ont pu modifier les situations parcellaires.

  

Tant pour Cantegrel que pour Cantelauzel, on trouve bien, effectivement, en ces lieux, des déclivités qui, manifestement, justifient la pente. Pour Jean, les Cantegrel que l'on retrouve dans de fort nombreuses communes, sont des lieux plutôt arides et pierreux.

 

Cantemerle, lieux-dits fréquents où les merles ne chantent pas plus qu'ailleurs, sont des lieux également en pente et, paradoxalement, mer désignerait, dans les vieilles racines celtes, la Montagne. N'allez pas chercher les reliefs pyrénéens ou alpins. On trouve des collines, un peu partout, avec des toponymes qui ont pris la terminologie de Montagne. La Montagne à Doissat, alt 262 m, domine la confluence du Gaugeard et de la Beuze de 113 mètres. Nous sommes loin de l'émergence du Pic du Midi.

 

Pour Canteloube, il y a toujours cette notion de pente et Jean de préciser que la "loube", dans certaines constructions linguistiques occitanes, est la scie. De là, il établit un rapprochement avec les "sierras" espagnoles et nos "serres" occitanes.

 

Jean se méfie beaucoup des faux-amis en onomastique et les idées reçues ont la vie dure. La Renardie ne vient probablement pas d'un gîte de renards, ces canidés existent un peu partout dans les campagnes, mais plus vraisemblablement du domaine d'un sieur Renard. Attention, Jean, un puits de savoir au demeurant, incite dans les domaines de l'anthroponymie et de la toponymie, à l'humilité et à la plus grande  prudence car l'onomastique, science rigoureuse, certes, n'a pas la stupide prétention d'être  une discipline à l'abri de toutes les failles et, parfois, l'exception peut confirmer la règle. Dans bien des cas, il faut bien admettre que, pour l'heure, nous ne savons pas et que nous recherchons.

 

Un grand merci à Françoise-Marie Maraval et à Gérard Hicès, amis de ce blog, pour leur bienveillante attention et leur circonspection dans les contributions qu'ils apportent. 

 

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En instance :

   

   - Coronavirus. Le billet de Pascal Bellevallée.

   - Rugby. Les lointains souvenirs d'un passionné.

   - En recherchant les murmures du Valech

   - Michèle nous présente "ses" triplés.    

 



04/06/2020
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