Terres de Nauze

Nathalie et Norbert sur le chemin de la mémoire

 

 

 

Ravensbrück, la force des Femmes

 [suite et fin]

 

Textes des interventions du 15 juin 2019, à la Bibliothèque de Montferrand-du-Périgord, de Nathalie Fabre, maire de Montferrand et de Norbert Pilmé, président des Amis de la Fondation pour la mémoire de la Déportation 24 

 

 

Nathalie Fabre.jpg

 

 

Monsieur le Président de l’Association des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation,

Anne-Marie, Présidente de l’Amicale Laïque,

Mesdames et Messieurs,

 

 

Avant de commencer, j’ai une pensée, émue, pour une personne qui devait être présente aujourd’hui, mais, hélas, la vie en a décidé autrement.

Je parle de Vincent GARCIA, qui fut résistant, déporté et fait partie de ces héros qui, au péril de leur vie, ont sauvé la France. Vincent a été longtemps un passeur de mémoire auprès de jeunes afin que l’histoire ne se renouvelle pas.

 

Merci Vincent, merci à tous ces camarades qui se sont battus pour notre liberté.

 

Ravensbrück est situé en Allemagne près de la petite ville de Fürstenberg et à 80 kilomètres au nord de Berlin.

Ravensbrück a été le premier camp de femmes aménagé en 1939 par les nazis, il devient rapidement le centre de détention le plus important du pays : au moins 132 000 femmes et enfants y sont déportés, dont 92 000 sont exterminés.

Après le choc de l’arrestation, des interrogatoires, une période plus ou moins longue d’internement, le voyage jusqu’au camp de déportation marque le début de l’enfer des déportées.

Elles sont entassées dans des wagons à bestiaux mal aérés, le plus souvent, entre cinquante, cent, parfois plus.

Elles n’ont rien à boire ni à manger, et sont confinées dans la puanteur durant des jours et des nuits, sans sanitaires. Les déportées roulent vers une destination inconnue et sont plongées dans l’ignorance totale du terrible destin qui les attend. Certaines ne survivent pas au trajet.

Alors, épuisées, assoiffées, les déportées sont généralement accueillies à leur arrivée par des cris, les insultes, par les aboiements des chiens et les coups dont le but est d’instaurer la peur et la soumission.

Elles sont ensuite déshabillées et dépouillées de leur vêtement avant de prendre une douche. Elles sont humiliées, fouillées jusque dans leurs parties intimes, c’est un premier stade dans la déshumanisation.

Les SS examinent les corps et on leur distribue des vêtements.

Les détenues portent un triangle coloré selon leur catégorie, une lettre au centre indiquant leur nationalité : rouge pour les prisonnières politiques, jaune pour les juives, vert pour les criminelles de droit commun…

Les conditions de vie au camp sont très dures, le réveil se fait entre trois et cinq heures du matin, au son d’une sirène, immédiatement suivi par des coups et des insultes des chefs de blocks.

Et puis, il y a cet éternel et interminable appel, où les femmes doivent se mettre en rang et se tenir debout malgré le froid, la pluie ou la chaleur.

Ensuite, il y a la journée de travail, pas moins de 12 heures par jour. Le travail doit être épuisant, telle est la consigne, les femmes font des travaux aussi durs que les hommes (terrassement, creusement de tranchées, production d’armement). Elles travaillent par tous les temps, tenaillées par la faim, sous les coups et insultes jusqu’à épuisement. Elles s’efforcent avec un courage exemplaire, de saboter ou ralentir la production au péril de leur vie. La durée de vie des prisonnières ne dépasse rarement neuf mois, en raison de la sous-alimentation, des maladies, du manque de soins médicaux et de sommeil.

La faim, ce manque de nourriture devient vite une obsession, cela agit sur le comportement des détenues capables de se battre pour une épluchure ou pour laper un peu de soupe tombée sur le sol.

Dans de telles conditions, chaque geste de partage et d’humanité compte et prend une signification et une dimension extraordinaires. Donner un peu de pain ou de soupe, c’est faire un geste de vie.

Je vous parle de la condition féminine mais il y a aussi des enfants dans ce camp, des femmes enceintes à qui rien n’est épargné également, notamment les coups et les expériences médicales.

Un bébé qui naissait au camp de Ravensbrück avait une durée de vie de trois mois. Là aussi, une solidarité du camp apporte un peu de linge et  du lait mais cela n’évite pas la disparition de presque tous les enfants.

Des travaux entrepris par la Fondation pour la Mémoire de la Déportation ont pu recenser 23 enfants français nés à Ravensbrück dont seulement trois ont survécu.

Ce camp créé en 1939 a été libéré le 30 avril 1945 par l’armée Russe.

Durant ces 6 années, ce sont 132 000 femmes qui ont subi des coups, des humiliations, des sévices, seulement 42 000 en sont sorties vivantes mais non sans séquelles psychologiques et physiques.

Cette exposition revient sur les récits et les travaux des survivantes de Ravensbrück, un camp de concentration réservé aux femmes sous le régime nazi.

L’incroyable force de ces femmes, leur résistance à la déshumanisation, leur insoumission et la solidarité au cœur de la barbarie : telles sont les valeurs que nous dévoile cette exposition qui revient sur les heures les plus sombres de la seconde guerre mondiale.

Parmi les femmes déportées, certaines ont connu une renommée, telles que Germaine TILLION, Marie José CHOMBART de LAUWE, Geneviève de GAULLE ANTHONIOZ et Marie Claude VAILLANT COUTURIER ; alors que d’autres sont restées dans l’anonymat.

Pour autant, leur existence a marqué à jamais l’Histoire de notre pays et de notre continent. Par leur engagement, leur lutte pour un monde plus humain, plus juste, elles ont rendu aux générations qui leur succédèrent, le champ des possibles.

Je remercie Françoise et Norbert PILME pour cette exposition de qualité.

Exposition, qui nous interpelle sur ce combat qui est toujours d’actualité, la bête immonde continue à exister par d’autres voix, soyons vigilants. Car l’histoire nous rappelle que les événements peuvent basculer très vite, que les idées qui mènent à la discorde et l’horreur seront toujours présentes dans le monde et dans nos sociétés.

Au nom du souvenir, guettons les, traquons les, dénonçons les avant qu’elles ne grandissent trop et ne ramènent les ténèbres.

Par notre vigilance, soyons les Résistants de la Paix au sein de l’Europe et du Monde.

Tel est notre combat  du souvenir, à notre tour devenons des passeurs de mémoire.

Je vous remercie.

 

 

 

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Déclaration de Norbert Pilmé

 

Président des Amis de la Fondation pour la mémoire de la Déportation 24

 

Chers amis.

 

Créée en 1990, la Fondation pour la mémoire de la Déportation est une structure au sein de laquelle sont regroupées toutes les associations de Déportés ainsi que des acteurs sociaux et humanistes. Elle s’est fixée pour objectif, la transmission de la mémoire liée à l’internement et à la déportation durant  la seconde  guerre mondiale, et aux nécessaires actions de vigilance afin que le monde ne revive jamais les années sombres de la barbarie nazie et de ses complices.

 

 

Pour comprendre cette période, analysons l’année 1933.

 

Le 30 janvier 1933, Hitler est nommé chancelier du Reich, le 27  Février a lieu l’incendie du Reichstag et les arrestations massives d’opposants, surtout communistes allemands. Le lendemain, est publié le décret pour la protection du peuple et de l’Etat. Le 5 mars,  aux élections législatives,  le parti d’Hitler obtient 43 % des voix. Le 26 mars, est créée la sinistre Gestapo, au mois de mai, tous les syndicats sont interdits et débutent les premiers autodafés. En juillet,  a lieu l’instauration du parti unique. Les camps d’Oranienburg et de Dachau ouvrent les 20 et 22 mars 1933 ; dès lors, toutes les conditions existent pour que les événements se déroulent tels que nous les connaissons.

 

En France, durant l’occupation et avec la  complicité du gouvernement de Vichy, 167000 personnes ont été déportées vers le système concentrationnaire nazi. 91000 par mesure de répression (Résistants, otages, opposants anti nazis,) 76000 parce que  juives ou tziganes dont 11000 enfants)

 

Le régime nazi et Japonais, leurs alliés et les supplétifs pourchassaient les opposants politiques, les juifs, les tziganes, les résistants et tous  ceux qu’ils considéraient comme des sous-hommes. Assassinant, torturant, surexploitant plus de 10 millions d’hommes, de femmes et d’enfants dans le but de dominer le monde, au nom d’une idéologie de haine, de terreur, et de racisme.

 

En Dordogne, terre d’accueil et de Résistance,  ce sont plus de 2000 personnes  qui ont été déportées.

 

Si la victoire des alliés sur  l’Allemagne nazie, eut lieu  le 8 mai 1945, si le procès de Nuremberg a permis de condamner certains de ses dirigeants, il n’en demeure pas moins que la bête immonde n’est pas morte.

 

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, des populations sont mortes, assassinées au nom de leur appartenance politique, communautaire, religieuse ou raciale. Dans notre pays, aussi,  des crimes racistes ont lieu,. Partout dans le monde,  l’extrême droite se développe, en Grèce, en Hongrie, en Allemagne, des partis politiques se déclarent officiellement nazis. Prenons garde à leur extension  car, avec l’accentuation de la crise économique, prolifère un climat de haine qui nous ramène aux années 30 et pourrait  de nouveau faire basculer le monde dans l’horreur.

 

A cela, s’ajoutent les actions criminelles commandées ou inspirées par différents extrémistes religieux, racistes, homophobes, antisémites, qui essaient de déstabiliser les pays démocratiques. En détournant des religions, ils voudraient eux aussi imposer au monde, une idéologie barbare, ils doivent être combattus  sans relâche. C’est dans l’éducation et la culture que nous trouverons les moyens de les stopper. Le concours de la Résistance et de la Déportation en est le meilleur exemple.

 

Avec l’appui des collectivités, des structures humanistes, les Amis de la Fondation pour la mémoire de la Déportation, aidés par les témoins des camps de la mort, et les citoyens de bonne volonté,  poursuivent leurs  actions auprès des jeunes et de leurs familles afin que chacun connaisse la vérité. Comme l’espéraient les rescapés des camps, et en lien avec tous les Démocrates, nous agissons pour la paix et la tolérance  entre toutes les Nations. Notre combat contre la haine, le racisme et l’antisémitisme  n’a d’égal que notre volonté d’une société toujours plus juste, toujours  plus démocratique, toujours plus humaine.

 

A cet effet, nous vous invitons à participer à la journée-mémoire du 16 novembre 2019, à Périgueux, organisée par Périgord Mémoire Histoire.

 

Norbert Pilmé



22/06/2019
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