Terres de Nauze

Un peu d'histoire. Les cahiers de doléances

Je réédite ce papier sur les cahiers de doléances, certains l'ont lu, mais d'autres, pour un problème technique, n'y ont pas eu accès.

 

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Regard chez les voisins de la Vallée de la Couze. 

 

Oui, je l'admets. Une fois encore, je m'égare chez nos voisins... et amis. Oui, j'aime tellement nos petits villages empreints d'authenticité que dans leurs périmètres, je n'ai pas l'impression de déranger.

 

Pour parler de cette action citoyenne qu'est la version des Cahiers de doléances 2018, j'ai retenu Montferrand-du-Périgord [bourg qui, après la Révolution, fit partie du District de Belvès]  qui s'est donné, il y a bientôt 5 ans, une maire que j'affectionne beaucoup. Son lointain lignage se mêle au mien lors de la grande Révolution, du côté du hameau de Tage, écart de St Avit-Rivière.

Il y a bien quelques appareils municipaux, çà et là, qui 229 ans après la grande fièvre qui secoua notre pays, ont ouvert des registres de doléances. J'ai choisi Nathalie Fabre parce qu'à mes yeux la République est plus symbolisée par la féminité que sous une apparence virile. S'il me fallait donner deux noms de l'histoire pour affirmer l'authenticité du républicanisme, sans aucun doute, je dirais Olympe de Gouges et Louise Michel.

 

Oui, Nathalie, dans son petit village, ô combien magnifique et conservé, incarne tout à la fois la féminité citoyenne et la France profonde des humbles ; et, pour les internautes qui me feraient grief de cet article, je les invite à l'écarter de leur regard.

 

 

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Ô Nathalie, comme tout le monde, tu es faillible. Tu t'es trompée pour passer la belle écharpe tricolore qui salue le républicanisme de nos ancêtres. Tu as inversé le positionnement des couleurs. Le rouge, côté cou, est réservé aux parlementaires. Je formulerai donc le vœu qu'au prochain renouvellement de l'Assemblée nationale, tu rejoignes le Palais Bourbon !  Photo d'un conseiller municipal montferrandais.

 

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Les doléances sont des requêtes adressées par un tiers à une autorité politique ou religieuse essentiellement pour faire des remarques, ou pour exprimer un souhait. 

Pour le Littré

doléance

(do-lé-an-s') s. f.

  • 1. Plainte au sujet d'un grief. Faire, conter ses doléances.Il en faisait sa plainte une nuit ; un voleur Interrompit la doléance, La FontaineFabl. IX, 15.Que je n'entende plus vos sottes doléances, MolièreSgan. I.Essaye avec des pleurs, de tendres doléances, De faire à ses desseins de douces violences, Chénier233.Il m'écrivit lettres sur lettres, pleines de doléances et de griefs auxquels je pouvais encore moins remédier qu'à ceux que j'avais pour mon compte, RousseauConfess. X.Libéraux, dans vos doléances, Pourquoi donc vous en prendre à moi? BérangerVentru aux él.
  • 2.  Autrefois, et seulement au pluriel, demandes ou représentations qui étaient faites dans les cahiers des états généraux.

HISTORIQUE

XVe s. Qui, comme parent, envoyoit faire doleance de la mort de ladite marquise, ComminesVIII, 9.En cette aigre doleance et à regret demoura aucuns jours, Louis XINouv. C.

ÉTYMOLOGIE

Doleant, très ancienne forme pour dolent (voy. DOLENT) ; provenc. dolensa, dolentia ; espagn. dolencia ; ital. dolenza, doglienza ; formes correctes qui viennent du latin dolens. Doléance était inexplicable tant qu'on n'avait pas l'adjectif doleant.

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Nous avons tous, gravés dans nos mémoires, ces cahiers de doléances que les plus lettrés sujets de "sa" Majesté, ils n'étaient  pas encore des citoyens, ont étayés de leurs remarques. Un cahier de doléances est un registre dans lequel les assemblées chargées d'élire les députés aux États généraux notaient vœux et doléances. Cet usage remonte au XIV e siècle. Les cahiers de doléances les plus notoires restent ceux de 1789. J'imagine bien mal le grand-père de Bernard Andrieux, mon trisaïeul  né le 15 brumaire an 14 (octobre 1805), décédé le 27/5/1884, cultivateur propriétaire à Loulier, commune de St Germain-de-Belvès, qui, a priori, devait à peine être plus favorisé que les journaliers, les bordiers ou les métayers, prendre la plume pour faire remonter les attentes de ses concitoyens au roi.

Ces cahiers de doléances, néanmoins, ont été un considérable listage des attentes populaires. Il est certain que celles des bergers des montagnes, des mères seules, pastourelles de nos campagnes, lavandières des bourgs et des villes, des journaliers des châteaux, des va-nu-pieds n'étaient pas exprimés dans ces requêtes.  Ces pauvres hères n'auraient ni su, ni pu les exprimer.

Ces cahiers de doléances, certainement, avaient pour mission de recenser les griefs que la France profonde pensait pouvoir soutenir auprès des plus hautes instances du royaume. "On" a pensé qu'ils n'ont servi à rien. À mon sens, c'est aller vite en besogne. Ces doléances avaient, au moins, pour mérite de constater les injustices les plus manifestes, les dysfonctionnements sociétaux et de faire germer l'esprit d'analyse dans les rangs les plus éclairés de nos ancêtres.

 

La Révolution, la grande Révolution, certes, fut bourgeoise parce qu'à l'époque, il paraissait impensable d'envoyer à Versailles, les domestiques et les hommes de labeur, ne parlons pas des femmes, elles n'avaient pas voix au chapitre comme l'a si bien exprimé notre symbolique Olympe de Gouges, pour défendre l'intérêt général et formuler le réquisitoire le plus objectif d'une impéritie obsolète. Les révolutionnaires du Tiers venaient donc de cette petite bourgeoisie mais ils ont su impulser des idées nouvelles. Ils ont, en une période triennale, fait beaucoup plus que tous les régimes réunis, y compris ceux des "Yaka Faucon" qui ont eu tous les pouvoirs. On peut certainement leur reprocher la Terreur mais si l'on oublie les réformes en profondeur, on jette le bébé avec l'eau du bain.

Tout comme le regard caustique que l'on peut avoir sur les cahiers de doléances, d'aucuns encore s'esclaffent sur notre devise républicaine. Liberté, nous l'avons. Il il faut être extravagant pour le nier. Égalité, c'est certainement discutable. Il faut cependant admettre que des pas de géants on été parcourus depuis l'aube de l'humanité. Fraternité, là, surgit une valeur bien difficile à faire admettre. De grands esprits préféreraient "solidarité". Un autre grand thème de la Révolution : la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen, il fait toujours débat ! A-t-on le même regard depuis sa première élaboration, qu'avant ! Les puissants n'admettent pas ces grands principes. Les monarques et leurs thuriféraires laquais trouvent admissible et normal de violer sans vergogne, au nom de la naissance, l'article 1 de ces droits universels ; c'est vrai. Mais, tout de même, quelle avancée !!!

Nos ancêtres ont obtenu la liberté d'expression, le droit de se pourvoir en justice et tout un tas d'avantages qu'aujourd'hui, nous trouvons naturels et logiques.

 

Les doléances de cette fin d'année 2018 sont-elles totalement inutiles et inefficaces ! J'emploierai volontiers l'expression plébéienne et triviale "pisser dans un violon" si je n'y croyais absolument pas mais je préfère nuancer. Il y a 67 ans que je ne crois plus au Père Noël ; et, des plus hautes autorités de l'état, nous devrions tous savoir qu'il n'y a absolument rien à attendre mais de la volonté populaire, il peut surgir des questionnements qui, faute de les émouvoir, devraient interpeller ces êtres insensibles qui  ignorent tout de l'altruisme et de la modestie...  mais détiennent les clés.

 

 

 

 

Demain : La trêve des confiseurs.

 

 

 



25/12/2018
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