Terres de Nauze

Aïe, aïe, aïe, ce diable de calendrier qui ne concède jamais la moindre pause !

 

 

Ô Lydie, nous voilà interpellés, à quelques jours d'écart, par ce diable de curseur avec lequel, même les plus puissants de la planète ne peuvent temporiser.

Sans atteindre le compte parfaitement rond, nous grappillons chaque jour, un peu plus et nous voilà sur le sas de ce dernier quart qui conduira les plus chanceux d'entre nous à devenir centenaires. Nous n'en sommes pas là et souhaitons encore constater l'implant de bien de ces jalons qui, chaque année, à 19 jours d'intervalle, nous amènent à admettre une évidence.

 

Lydie

 

Elle est loin, bien loin, l'année où nous franchissions la porte de ces vénérables murs où nous allions essayer d'apprendre à lire, écrire et calculer. Notre institutrice, qui par ailleurs était ma tante, avait décrété que nous allions constituer une division triangulaire. Bigre, quel bien grand mot, d'autant plus que nous n'en connaissions pas encore le sens et ignorions qu'il a aussi un sens militaire qui, alors, nous échappait totalement. Notre condisciple et amie Françoise et toi-même, en étiez les fondements féminins et, tout naturellement, tu en fus l'élément le plus  brillant par ta capacité de préhension de tout ce qui nous était imposé. Plus tard, bien plus tard, notre "division" ayant franchi le petit pas qui nous avait promus sur l'autre rive de la Nauze, nous fûmes amenés à construire une phrase pour définir le printemps. Là, je fus impressionné par la tienne qui, 65 ans après, demeure gravée dans mon "disque dur". "J'ai été, [ou j'étais] en extase devant le fleurissement d'une haie d'aubépine blanche." Non, ce n'était pas la grande Colette, la femme de lettres venait de décéder en 1954, mais Lydie qui sortit cette envolée. Elle surprit tout le monde, y compris l'enseignant, mon oncle, qui marqua un point de recul admiratif, ce qui était loin… bien loin, très loin, d'être habituel à l'époque. Pour ma part, je suis bien certain que l'archi-médiocre élève de cours moyen que j'étais, découvrit là, une "efflorescence botanique" qui sortait d'une escarcelle inconnue.

 

Te souviens-tu de ces recueillements de l'Armistice de novembre où notre trio devait réciter, sans la moindre fausse note, ces poèmes qui, pour nous, constituaient nos premiers devoirs de mémoire. Il fallait que la diction fût impeccable.

Dans ces années-là, notre trio s'enrichit d'une adjonction avec le regretté Jean-François, il fut mon meilleur ami d'enfance et de préadolescence, de Raymond,  de Daniel qui, lui aussi, nous a quittés et de mon cousin Jack. Nous devions obtenir notre passeport, le dernier de cette version mi-séculaire, pour le secondaire. On avait appris qu'avec 5 fautes, on aurait un zéro pointé.

 

Cette montée au castrum fissura notre symbiose et tandis que les demoiselles filaient à ce qui était encore un cours complémentaire, leurs condisciples masculins rejoignaient les vieux remparts.

Que de bien lointains souvenirs communs qu'il nous faut garder bien au chaud sur nos disques durs.

Cette année 2020, pour nous, sera le début de l'exploration  de ce dernier quart, à la géométrie plus qu'indécise, qui s'ouvre devant nous. Nous partagerons ce champ de perspective intellectuelle avec nos condisciples : Jean, il nous venait des confins monplaisano-sioracois, Raymond le Vaurézien et notre cadette Catherine qui, pour nous, est et restera notre Jacqueline. Elle attendra juillet pour franchir ce nouveau seuil.

 

Nous ne pourrons que penser à celles et ceux qui ne sont plus là. Jean-François auquel je suis allé, en empruntant la route verglacée, pour notre collectif, le 19 février 2004, par une matinée glaciale et neigeuse, rendre hommage à Égletons, première cité du Ventadour. Jean-François était un personnage-clé de la prestigieuse E.A.T.P. [école d'application des travaux publics] qui a ouvert bien des carrières prestigieuses. Je n'oublierai jamais le chaleureux et compatissant message que tu m'envoyas alors. Nous n'aurons pas non plus Daniel dont les cendres ont suivi le cours du Gave de Pau. Nous pourrons aussi penser à nos aînés Charly, Marie-Rose, Jean-Paul et Jean qui, très tôt, nous impressionna avec sa juvénile culture scientifique, à nos jeunes cadets Fernand, l'autre Daniel, les deux Michel et Jean-Paul dont nous nous sentions, un peu, presque prétentieusement, les éclaireurs.

Lydie, les hasards de ton cursus professionnel ont fait que, de l'exilée aux racines trévisiannes que tu fus, l'écolière sagelacoise que tu devins avant d'être la collégienne belvésoise, la citoyenne alsacienne à la riche vie active, polyglotte par le travail et la famille, qui s'est longuement affirmée, tu ne viennes que ponctuellement dans cet inoubliable bassin de vie où nous avons forgé nos espérances et nos esprits. Aujourd'hui, puissions-nous éviter d'être de stériles ressasseurs et que nos souvenirs soient plutôt de virtuels havres informels et intemporels de pensées de seniors qui s'attribuent le droit de ne pas oublier.

 

Bon anniversaire Lydie. De notre creuset nauzérois, avec celles et ceux qui ont emprunté les mêmes sentes que nous, je t'embrasse très amicalement. Nous embrassons aussi Roland, ton mari, que nous aimons rencontrer lors de vos espacés passages dans ce terroir de ton enfance et de ton adolescence.



15/01/2020
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