Terres de Nauze

Une petite promenade dans le creuset de la Beuze.

 

 

L'onomastique des patronymes et des toponymes joue parfois, voire souvent, à l'alternat. Ainsi, nous connaissons bien des personnes qui portent un nom de lieu et inversement. C'est le cas pour Paris, pour diverses villes de province, ou même pour des cours d'eau. Parfois, des gens de lettres empruntent, ou ont emprunté, un toponyme. Citons Henri Bordeaux, Vercors, localement Guy de La Nauve, ou, plus tard, Marguerite Duras. Inversement, l'origine du nom de La Rochefoucauld se situe bien avant la naissance du dialecticien des célèbres maximes. Il reprendrait un nom de personne germanique Fulcoald qui aurait fait construire un château sur cette hauteur qu'on appelait Roche au Moyen Âge.

 

 
Pont du Gaugeard.JPG
 
Sous ce pont traditionnel, pont de Lestang, [photo Pierre Fabre] ouvrage exclusivement doissacois mais implanté à quelques décamètres des espaces territoriaux d'Orliac et de Ste Foy, s'écoule le Gaugeard, l'affluent de la R.D de la Beuze. Celui-ci vient de réceptionner les eaux du ruisseau Trompette. Ce pont de Lestang correspond à l'écrasante majorité des ouvrages du XIXème qui ont été érigés pour le franchissement des cours d'eau, quand les jardinières et autres véhicules hippomobiles commençaient à devenir plus nombreux. L'architecture sobre mais élégante de ces ponts, a été abandonnée pour faire place à d'autres concepts, introduits au coeur du XXème, plus modernes et plus favorables à l'écoulement de l'eau. Qu'il soit permis d'avoir un regard nostalgique pour les ouvrages plus anciens qui donnent une image patrimoniale plus en prise avec l'harmonie des lieux.
 
Aujourd'hui, par une promenade onomastique,  intéressons-nous à l'hydronyme de la Beuze, aux toponymes de Sainte Foy et de La Barde et au patronyme de Barde. Sans les lier, autorisons-nous de les associer dans cette promenade onomastique. 
 
Cliquez sur l'image. 
 
Pont de Ste Foy.JPG

 

Ce pont qui chevauche la Beuze, sous La Barde, à une portée de voix du Moulin de Barde, est récent et est exclusivement saint-foyen. Il a été calculé pour une efficacité maximum et une fonctionnalité implacable, eu égard aux besoins. Nostalgie quand tu nous tiens... Photo Pierre Fabre. 

 

Beuze. Le nom est surtout porté dans le Finistère, où Albert Deshayes (voir bibliographie) y voit, soit un ancien nom de personne breton (voir Le Beux), soit un toponyme évoquant le buis (breton "beuz"). Une autre solution consiste à en faire un nom de personne d'origine germanique (Boso, racine "bos" = méchant, mauvais). C'est, en tout cas, ce nom germanique qu'on retrouve dans les toponymes et noms de famille normands : Beuzeville (voir ce nom), Beuzeboc, Beuzebosc, Beuzeboq (Beuzeboc, hameau à Criquetot-l'Esneval, 76), Beuzeval (hameau à Gonneville-sur-Mer, 14). Le même nom germanique est à l'origine du diminutif Beuzelin (76, 61), et sans doute aussi de Beuzet (29, 61). Pour Beuzel (29), c'est également possible mais, outre le buis, on pensera surtout au mot "beuzel" (= bouse, bouseux)." http://www.geneanet.org/genealogie/fr/beuze.html

 

Une première question, pour le moment à ma connaissance sans réponse, d'où nous vient cet hydronyme de Beuze. A priori, si l'on trouve des Beuze dans nos terres occitanes, ces hydronymes s'écartent majoritairement des Beuze de Bretagne. S'agit-il d'un import d'hydronyme qui nous viendrait de l'ouest ? c'est possible mais incertain. Par ailleurs, nous avons, certes, des buis en terres occitanes (ces buis ont donné, aux confins du Périgord et du Limousin, Bussière) ; et, nos creusets de rivières et de ruisseaux se prêtent certainement à la genèse de boue, lors des périodes fortement humides, mais nos ancêtres auraient plutôt utilisé des terminologies s'inspirant des "sagnes", lieux marécageux, ou de "fanga", boues épisodiques.

 

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Dans le micro-village de Ste Foy de Belvès, on trouve, merveilleusement conservée et entretenue, la source fontaine. Image Google Map. 

 

Les catholiques portent un regard attentionné sur Sainte Foy d'Agen ou de Conques (~291 † 303), martyre chrétienne au début du IVe siècle. On trouve une vingtaine d'hagiotoponymes se rattachant à Sainte Foy, dont ceux de Sainte Foy-de-Belvès, Sainte Foy-de-Longas et Sainte Foy-la-Grande.

 

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L'Église, alliée naturelle de la monarchie de droit divin, manifestement, n'a pas été l'accompagnatrice des valeurs républicaines ; même s'il faut saluer le courage et le mérite de personnages d'exception contemporains comme Mère Térésa ou l'abbé Pierre. En exception qui confirme la règle, notre belle devise républicaine, gravée sur l'église Sainte Foy à Agen, à l'époque, a dû interpeller !  Photo Pierre Fabre.

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Attardons-nous maintenant sur la terminologie de barde.  Ce nom commun offre plusieurs pistes étymologiques.

 

1) Du bas latin barda (« bât »), lui-même de l’arabe بردعةbarda (« bât »). Certaines provinces emploient pour « selle » le mot aubarde, qui correspond à l’espagnol et portugais albarda.

De l’allemand Bart (« hache ») pour l'étymologie de l’ancien français, barde avec le sens de « arme offensive », voir hallebarde.

 

Ce côté militaire a dû donner l'expression "Ça va barder".

 

Du sens de « sellecaparaçon », on est passé à celui de « armure défensive du cheval », et enfin à celui de pièces de lard avec lesquelles on couvre une volaille.

2) (XVIe siècle) Du latin bardus, apparenté au breton barzh.

 

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René Barde, conseiller municipal du Pays de Belvès, conseiller communautaire de Vallée Dordogne et Forêt Bessède, ancien maire et conseiller de Belvès, a-t-il fait des recherches généalogiques, pour situer ses racines dans ce bassin de vie... je l'ignore. Ce qui est hautement probable, c'est qu'elles soient, depuis des lustres, bien ancrées dans ces Terres de Nauze. 

 

Une autre origine du toponyme barde remonte à l'antiquité ; et, là, on est dans un champ plus paisible. Le barde était un membre de la classe sacerdotalecelte ou gauloisespécialisé dans la poésie orale et chantée.

 

Source.  https://fr.wiktionary.org/wiki/barde

 

Notons que lorsque les patronymes commencent par la, Labarde, Larivière, Lachaume, Lamothe... c'est, en général, l'assemblage, l'adjonction "malencontreuse" de l'article précédant le nom d'une personne de sexe féminin, qui a été transmis à sa descendance. Cette méthode, bien entendu, est incorrecte en français ; ce qui n'est pas aussi exact, en occitan. Quand on dit "lo Marie", on situe un personnage que l'on connaît parfaitement. Au besoin, on ajoute "lo Marie del terme" pour désigner Marie qui habite sur le tertre. 

La même remarque s'applique pour la gent masculine et découle de la même faute avec le : Leroux, Ledru, Lepage, Leclerc, etc. 

 



22/01/2017
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