Terres de Nauze

De Maripasoula à Arles, via Castelmoron-d'Albret

 

Voguons de l'Amazonie marquée par les pas du grand humaniste et résistant Félix Éboué, poursuivons notre pérégrination par  la vallée garonnaise de François Mauriac et atteignons le sillon rhodanien de Frédéric Mistral.

 

 

 

Dimanche 15 mars, les électeurs seront appelés aux urnes pour choisir celles et ceux qui, pour une mandature, vont avoir à exercer les prérogatives municipales.

Beaucoup de nos concitoyens pensent que par leur vote, ils votent pour leur maire. C'est, tout à la fois parfaitement vrai dans les faits mais aussi authentiquement faux dans l'esprit et dans le concept républicain. Les électeurs disposent du droit de voter pour élire les conseillers municipaux, point final. C'est aux conseillers municipaux -et à eux seuls- que revient la latitude de choisir le maire, maire qui, préalablement, les a retenus pour constituer son entourage. Comme la République n'a pas éradiqué -de loin s'en faut, surtout depuis le 28 septembre 1958- l'esprit "césaro-bonapartiste" et que marcher sur la tête est devenu, comme le remarquent les acerbes esprits critiques, une "religion d'état", le citoyen a autant d'apports symphoniques  à amener dans la marche des assemblées communales que le gardien d'un immeuble dans la gestion d'un syndic immobilier. Les jeux sont faits non en aval des élections mais en amont.

Il est donc néanmoins parfaitement juste de dire que les citoyens élisent les maires dès lors que les suffrages qui ont chu dans l'urne, ne sont purement et simplement que des bulletins de validation de montages de schémas qui ont été conçus par les architectes fondateurs des listes. Cette méthodologie, partagée par tous les appareils, d'une approche partant du sommet de la pyramide, tient les citoyens pour "epsilon". Il paraît pratiquement impossible au niveau des citoyens, à partir de listes structurées par les décideurs, d'apporter la moindre nuance à la composition des équipes municipales. Nous, citoyens, sommes réduits au seul stade de la validation sans nuance. L'élaboration des assemblées des dèmes antiques était, à mon sens, bien plus participative.

Seule infinitésimale survivance d'une latitude réservée aux électeurs, la composition du tableau et seulement dans les communes de moins de 500 habitants pour la forme du tableau et pour les seuls conseillers municipaux.  Dans ces communes, les électeurs peuvent encore rayer un ou plusieurs noms.

Le haut du tableau revient -et c'est logique- au maire, suivent les maires-adjoints et, après, les conseillers municipaux dans l'ordre de leur élection en commençant et, là aussi, c'est logique, par les élus du premier tour. Ils précédent ceux des plus que rarissimes élus du second tour.

 

 

Attardons-nous sur trois profils, particulièrement sympathiques, qui donnent une excellente impression  de civisme républicain. 

 

 

 

 

Maripasoula à Arles

 

 

Serge Anelli, chuta d'une poignée de suffrages en 2008, suffrages dispersés, pour se saisir de la mairie de Maripasoula, la plus grande commune de France qui est là-bas en Guyane, dans un secteur amazonien tout près du Suriname. Gaston Monnerville se plaisait à nous rappeler que ce département qui lui était cher, est bien plus ancien que celui des Savoie, des Alpes-Maritimes et du Var.

Fort de son bilan, Serge Anelli entend jouer un nouvel acte sur la scène maripasoulaise.

Maripasoula,  commune de 13 227 habitants, située dans le département de la Guyane, au cœur du Parc amazonien de Guyane est  frontalière du Suriname et du Brésil.

Avec une superficie de 18 360 km2, soit deux fois la superficie de la Dordogne, il s'agit de la commune la plus étendue de France. Elle relègue deux communes calédoniennes mais laisse loin, très loin, Arles. Plus de 90 % de sa surface fait partie du Parc amazonien de Guyane. C'est également la commune la moins densément peuplée de France. 99,9 % de son territoire est occupé par la forêt vierge amazonienne. Elle est frontalière du Suriname et du Brésil.

 

 

Serge, gardez bien la forêt, nos descendants, espérons-le, vous en sauront gré.

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Caline Alamy paraît plus que séduisante dans son micro-village qui est la plus petite commune de France. Castelmoron d'Albret paraît un bourg bien petit avec 3,54 hectares où vivent 53 Castelmoronais dans la campagne réolaise. Elle n'aura fait qu'un tour dans sa maison commune. Elle n'entend pas obtenir un nouveau mandat. Elle confia à la presse, quelques regrets, car " la fonction est stimulante et elle m’a permis de belles rencontres ". Caline ne voulait pas être la "conservatrice" d'un particularisme national.

Au risque de me répéter, le mandat unique est une forme de passage de relais, assurément, qui me plaît énormément, c'est une idéale  et noble parenthèse citoyenne. Beaucoup ont tendance à oublier que les indispensables remplissent les nécropoles. Cette forme de  relais est encore plus belle dans une toute petite entité ; car, à l'abri des désirs de sauvegarde des comptables de formations politiques, elle affirme cette forme hautement vivace du passage de témoin. Elle illustre l'esprit d'une saine citoyenneté partagée.

 

Bravo Caline, je vous admire.

 

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Hervé Schiavetti, maire d'Arles, la plus vaste commune de la France métropolitaine, depuis mars 2001, conseiller général et ancien 2ᵉ vice-président du conseil général des Bouches-du-Rhône. Il est né le 6 juillet 1956 à Marseille. Cet ancien élève du collège Frédéric Mistral, puis au lycée Jeanne d’Arc à Arles, a, tout d'abord, obtenu en 1974 un baccalauréat D (scientifique). Il a enrichi son brillant cursus en 1982 avec une licence de sociologie et un certificat d’économie politique à l’université d’Aix-en-Provence.

Hervé Schiavetti, ne sollicitera pas une quatrième mandature à la mairie d'Arles  qu'il a reprise de haute lutte. L'Hôtel de Ville, pivot de la Camargue, demeure toujours très prisé. Toutes les grandes familles politiques l'ont successivement occupé, parfois avec de curieuses alliances bien hétérodoxes. Cet élu, attaché territorial, s'inscrivait dans les pas d'un modeste instituteur, Cyprien Pilliol, maire post Libération, puis de Jacques Perrot, intendant de lycée, qui devint, en 1971, le premier Arlésien pendant une douzaine d'années.

Arles, ville fascinante par son histoire, la plus vaste commune de la France métropolitaine doit son immensité à son héritage romain. Les transalpins ont voulu donner à cette cité provençale, Provence vient de province, Provincia désignait une partie de la Narbonnaise, la Provence actuelle, un rayonnement qui scintille encore aujourd'hui. Arles, 758,93 km2 compte 52 748 habitants. En 1793, elle avait 20 000 habitants. Rappelons que Marseille avait 109 000 habitants, lors de la grande Révolution et, aujourd'hui, 863 000.

 

Partageant le point de vue d'Yves Duteil "On ne peut imposer la souffrance comme spectacle" qu'il me soit  permis de formuler, en qualité d'admirateur -bien au-delà du bassin méditerranéende ces cités héritières de la civilisation gallo-romaine, le souhait que la brutalité, l'horrible souffrance inutile et sadique de la tauromachie, au cours de ce siècle, prenne rang -au même titre que les combats de gladiateurs de l'Antiquité- parmi les archaïsmes inadmissibles et  insupportables dans une société humaine digne de ce nom !

 

 

 

Merci Hervé pour le rayonnement plébéien que tu as donné à cette vieille, bonne et belle cité camarguaise et pour ton admirable humilité militante.



03/02/2020
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