Terres de Nauze

12/11. Le centenaire de l'Armistice de 1918 commémoré à Monplaisant

 

Mon ami Bernard Grenier, infatigable factotum de bien des chantiers, ce 11 novembre, prit la mission de carillonneur. À 11 heures, chrono, il fit résonner la cloche monplaisanaise qui, depuis sa lointaine mise en place, sonna, sonna pour annoncer bien des événements.

Quelques minutes plus tard, de la vallée, on entendit, en écho, celle de Sagelat.

Ces vénérables cloches, relayant le tocsin moyenâgeux, furent l'outil de communication pour annoncer que, depuis la Clairière de Rethondes, on obtenait, enfin, un mouvement d'apaisement. Il ne dura, hélas, qu'une grosse vingtaine d'années.

 

Personnellement, j'ai le parfait souvenir d'enfance de ma grand-mère qui, dans son "cantou renardien", m'a dit que lors de cet immense soulagement, elle pleura en pensant à tous ceux qui ont perdu la vie dans cette immense tragédie. Elle songeait, probablement, plus particulièrement à son jeune cousin qui expira à Dommartin ou à son beau-frère, grand blessé, qui est revenu s'éteindre à Siorac.

 

 

Morgan Layec donne dit quelques mots sur chacun des morts .jpg

 

 

Il fallait donner une note juvénile à cette commémoration qui, il faut bien l'admettre, n'est pas le plus spectaculaire rassemblement de la jeunesse. C'est Morgan Layec, collégienne de 4ème qui fit l'appel des 11 morts de la Première Guerre mondiale. Pour chacun d'eux, elle dit quelques mots avant que l'assistance ne réponde "mort pour la France".

 

Jacques-Léon Genestal était soldat 2ème classe au 308ème Régiment d'Infanterie. Il tomba mortellement, à l'âge de 26 ans, le 29 septembre 1914, à Beauvoir-Rivière, dans la Somme.  C'est pour lui que le glas monplaisanais, pour les victimes de la guerre, sonna pour la première fois.

 

Jean Bourdou, soldat au 8ème Régiment d'Infanterie, était natif de St Pardoux. Il décéda à Hurlus le 14 mars 1915, des suites de blessures reçues sur le champ de bataille.

 

Jean-Octave-Sem Gallet, sous-lieutenant au 108ème  Régiment d'Infanterie, naquit à St Laurent-des-Bâtons. Il tomba à 23 ans à Souchez, commune de Neuville Saint Vaast, le 26 septembre 1915. Il repose à la Nécropole nationale Notre-Dame-de-Lorette. Son nom est pérennisé par le Stade belvésois.

 

Marc Lacroix, Belvésois par sa naissance, était Caporal au 108ème  Régiment d'Infanterie. C'est sur le front, à Neuville-Saint Vaast, qu'il passa de vie à trépas, le 8 octobre 1915.

 

Amédée Cabard,  soldat  du 44ème  Régiment d'Infanterie. Par sa naissance, il était Larzacois. Il perdit la vie le 4 novembre 1915, à 23 ans, à Cuperly dans la Marne. Il repose dans la Nécropole de Suippes-Ville.

 

Édouard Barreau était soldat au 219ème. Régiment d'Infanterie. Le 20 juillet 1916, à 36 ans, à Caix, dans la Somme, il succomba à ses blessures.

 

Clair Boidron, Fongauffiérain par sa famille maternelle, natif au Fouilloux, Charente-maritime, enseigne de vaisseau de 1ère classe, second du sous-marin Ariane torpillé par deux fois, disparut en mer avec 20 autres marins, au large de Bizerte, le 19 juin 1917. Il avait 26 ans.

 

André Lafage, canonnier 2ème classe au 109ème Régiment d'Artillerie lourde, chut le 15 avril 1918, à l'âge de 25 ans, à Dommartin, dans la Somme. Il est inhumé dans la Nécropole nationale de Montdidier.

 

Jean Martinet, canonnier au 231ème Régiment d'Artillerie de Campagne, le 13 juin 1918, décéda sur le théâtre opérationnel de Courcelles dans l'Oise. À seulement 19 ans, il fut la plus jeune victime monplaisanaise de cette guerre.

 

Terminons ce trop long listage des morts au front, ou des suites de leurs blessures, avec Louis Lasfargues. Il naquit, à St Germain, le 9 décembre 1878. Caporal au 99ème R.I.,  il eut la cruelle malchance d’être tué, à Gomont, dans les Ardennes, le 31 octobre 1918. Le clairon salvateur sonna, hélas, certes, bien trop tard pour tous. Il mit un terme à cette tragédie, 12 jours plus tard. Louis Lasfargues, dont les racines sont associées au hameau de Cassagne, honoré le matin à Monplaisant, le sera également, à Sagelat, dans l'après-midi. L'attachement de Louis Lasfargues, ainsi, établit une matrice familiale entre l'oppidum de Cassagne et la colline de Bugou. Il repose à la Nécropole nationale de Rethel.

 

Enfin, n'oublions pas que l'Armistice était déjà en vigueur depuis 26 jours, quand Gabriel Viélescot, sergent au 5ème Régiment d'Infanterie coloniale, au lieu de jouir de l'apaisement, mourut dans un accident de chemin de fer, à Châteauroux. Il est la seule victime collatérale monplaisanaise.

 

 

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L'exécutif municipal, Marie Praderie, maire-adjointe et Jean-Bernard Lalue, maire,  comme chaque année, depuis 10 ans, tient à ce que le 11 novembre soit un rituel bien ancré à Monplaisant.

 

 

Marie Praderie raconte l'Histoire du 11 nov de Rethondes.jpg

 

Marie a lu la note que  le chef de gare intérimaire de Rethondes rédigea, bien après avoir été le témoin de la petite histoire de la clairière de cette Forêt de Compiègne, là, où le 11 novembre 1918, enfin, il fut décidé de faire taire les canons.

 

 

L’actuel maire de Rethondes, Jean-Jacques Lecat et son premier adjoint Gérard Desmarest, sonneront les cloches. En 1918, elles ont tant carillonné que deux des trois se sont fêlées...

 

L’actuel maire de Rethondes, Jean-Jacques Lecat et son premier adjoint Gérard Desmarest, hier, ont sonné les cloches. En 1918, elles ont tant carillonné que deux des trois se sont fêlées...

Image "Le Courrier picard".

 

 

 

Les cloches de Rethondes donnèrent le signal de la joie.

À l'automne de 1918, je fus désigné pour remplacer le chef de gare de Rethondes qui partait en congé. J'étais loin d'imaginer qu'étant appelé à assurer le service à cette gare, je serais le témoin d'événements aussi considérables.

Un matin, un coup de téléphone m'avisa qu'un train dans lequel se trouvait le maréchal Foch, allait venir en gare et que je devais, dès son arrivée, le diriger sur une des voies de l'épi de tir.
Quelques heures après, j'étais avisé qu'un second train dans lequel se trouvaient des Allemands, me parviendrait et que, dès son arrivée, je devais le refouler sur la voie parallèle à celle où était placé le wagon du maréchal.
Ces trains arrivèrent successivement, celui des Allemands, le dernier. Je les aiguillai selon les instructions données.
Dès que le wagon du maréchal fut mis en place, un officier télégraphiste vint me demander où il fallait qu'il installe l'appareil téléphonique reliant le wagon du maréchal avec la gare. Je lui désignai la table se trouvant dans le bureau du chef de gare et où j'avais installé mon lit de camp.
Puis, le soir vint et, par une nuit brumeuse et humide, la gare de Rethondes rentra dans un calme impressionnant. Sur mon lit de camp, je ne pouvais m'endormir. Ma curiosité me faisait échafauder des hypothèses. J'étais presque certain que la guerre allait finir, mais ce "presque" était encore une incertitude insupportable.
Le jour venait petit à petit, la tentation de connaître le but de cette réunion, était pour moi de plus en plus forte. Je pris l'écouteur du téléphone. Rien, personne ne parlait sur la ligne, ni en allemand, ni en français.
Vers 6 h 15, après avoir allumé ma lampe, je me levai sans avoir fermé l'œil. N'y tenant plus, je tournai la magnéto d'une main tremblante. On me répondit aussitôt. Je demandai à qui j'avais l'honneur de parler en disant : " Ici, le chef de gare ". Un capitaine d'État-major dont le nom m'a échappé, m'a répondu aimablement. S'il vit encore et lit cet article, qu'il en soit remercié. Je m'excusai de mon indiscrétion et lui demandai s'il était possible de savoir ce qui s'était passé cette nuit sur l'épi de tir. L'officier me pria de ne pas m'impatienter et me promit de me rappeler dès qu'il aurait le communiqué qu'on préparait.
Je raccrochai. J'avais le cœur qui battait. Je me disais : " Dans quelques instants, j'apprendrai la bonne nouvelle ". Et, je pensais à tous ceux qui l'attendaient comme moi, depuis quatre ans.
Vers 6 h 35, la sonnerie du téléphone retentit. Le capitaine avait tenu sa promesse. L'écouteur à l'oreille, je l'entendis qui me priait de prendre du papier et un crayon. Et, il commença à me dicter le communiqué de notre victoire. Ma main tremblait. Bientôt, je ne fus plus capable d'écrire tout ce qu'il me dictait. Mais, j'avais le principal : signature de l'armistice, cessation des hostilités à 11 heures, retrait des troupes allemandes, remises d'armes, de canons, de matériels divers, etc., etc. Cette liste était devenue trop longue. Je remerciai le capitaine, et - c'était peut-être enfantin - je lui criai : " Vive la France ! " comme cela, dans le téléphone.
Au comble de la joie, je me précipitai sur le quai, annonçant à tous, la grande nouvelle. Deux fusils se trouvaient dans mon bureau. Je les pris, je vidai les magasins en tirant en l'air, vers la forêt qui se trouvait en face.
Ayant informé des soldats de passage, je leur conseillai d'aller sonner les cloches de l’église de Rethondes. Bientôt, au-delà de la rivière, je les entendis qui commençaient à sonner, donnant le signal de l'allégresse à toutes leurs sœurs de France.

 

Des trains passèrent, chargés de troupes jusque sur les marchepieds. Dès qu'on leur apprenait la nouvelle, les soldats arrivaient, munis de cartes postales de Rethondes et me demandaient d'y apposer le timbre à date de la gare, d'autres présentaient une page de leur livret militaire. La gare de Rethondes était devenue historique grâce à son épi de tir.

 

Austrucq

Chef de gare intérimaire

Chemins de fer du Nord

 

 

 

 

 

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Muriel Delmas vient de décorer Bernard Grenier, porte-drapeau de l'A.N.A.C.R. depuis 10 ans.

 

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Il parait impératif, pour sauvegarder le devoir de mémoire, de trouver parmi les jeunes, des porte-drapeaux, d'abord pour assister leurs aînés et pour se tenir prêts, à plus long terme. Jean-Bernard Lalue vient de remettre son diplôme de porte-drapeau à Romain Garrigue dont les racines paternelles sont monplaisanaises, fleuratoises, pour être précis.

 

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Ils ont répondu "présent" pour ce devoir de mémoire.

 

 

Photos Pierre Fabre

 

 

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Rendez-vous sur France 3 Périgords, ce soir à 19h18, pour le Centenaire de l'Armistice de 1918 à Sagelat, avec l'hommage à Louis Lasfargues dernier mort de notre bassin de vie, de la Guerre de 14.

 

Demain, sur ce blog : La cérémonie du centenaire de l'Armistice de 1918 à Sagelat.

Après-demain : Le vernissage de Bruno Marty au Bugue.



12/11/2018
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