Terres de Nauze

L'ornithologie, plus qu'une discipline scientifique, est un conte merveilleux.

Aujourd'hui, notre ami Michel Ribette va évoluer de sa dimension scientifique d'ornithologue, certainement plus que respectable,  à celle fort sympathique de conteur.

Quand un homme de science devient conteur, il paraît difficile de ne point l'écouter, tant le récit devient vite captivant, mais il paraît, pour notre plus grand plaisir, fort difficile de l'arrêter.

En intervenant sur ce modeste blog, Michel séduit certainement le lectorat mais, plus encore, il interpelle par sa connaissance du milieu qui le fascine et il promeut des valeurs qu'il devient impératif et indispensable de sauvegarder.

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Michel Ribette

 

 

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Madame Blanche

 

Encore un souvenir d’enfance et quel bon souvenir ! (1)

 

Aujourd’hui, je vais vous  parler de mes premières observations de ce bel oiseau de la nuit  dont j’allais épier la silhouette diaphane au sortir du vieux clocher du village (2).

A l’époque de cette enfance bien heureuse, passée à explorer les forêts et les fourrés, je ne me doutais pas que mon destin allait faire de moi, un privilégié de la Vie en faisant de ma passion de la Nature, mon métier. Mes pas me conduisirent loin d’ici vers une région mal connue et d’une grande beauté, la Lorraine. C’est là que je retrouvais mon « amie d’enfance » ma Dame blanche, plus exactement appelée l’Effraie des clochers (Tyto alba).

Tout a commencé dans les années 70, lorsque celui qui devint mon précieux complice durant mes années d’observation, vint me consulter pour obtenir les plans d’un nichoir qu’il ne mit pas plus de temps à construire qu’il m’en avait fallu pour lui dessiner. Le nichoir installé fut adopté quelques mois après, en début d’un printemps qui inaugura 35 années de suivi et d’émotions intenses.

L’Effraie des clochers est une commensale de l’homme, qui a trouvé auprès de nous, l’assurance de se rassasier. Autrefois essentiellement rupestre, notre bel oiseau s’est vite établi dans les combles de châteaux, puis des habitations humaines et églises.

Malheureusement et comme pour toutes les espèces n’appartenant pas à notre monde diurne, sa méconnaissance contribua à son déclin. Par superstition, n’accusait-on pas les rapaces de la nuit, d’être les messagers du Diable. L’imagination fertile des hommes en matière de destruction, conjuguée à son ignorance d’alors, firent que l’on crucifia notre pauvre oiseau sur les portes de granges pour conjurer le mauvais sort. Ne l’a-t-on pas aussi soupçonné d’être à l’origine du trépas des mourants. Posé sur le toit de l’habitation d’un agonisant, notre chouette ne mettait à profit que la faible lumière des bougies, lorsqu’on veillait les pauvres malades. Malheur à elle si, le lendemain, et après avoir hululé ou chuinté toute la nuit, le souffrant avait rejoint l’au-delà. L’homme, dans sa grande lâcheté, rendait la chouette coupable sans autre forme de procès.

 Il fallut attendre le début du 20ème siècle pour qu’un ornithologue se pencha sur le contenu des pelotes de réjection ou de régurgitation . Ces fameuses « crottes » qui jonchent certains greniers et granges. Les sucs gastriques des chouettes ne sont pas assez puissants pour que l’organisme de l’oiseau assimile les proies avalées. Poils et os se retrouvent compactés en une ou deux boulettes que l’oiseau expulse dans la journée. C’est précisément la dissection de ces boulettes qui permit d’établir avec précision, le régime alimentaire des chouettes et d’établir leur indéniable rôle salutaire dans la limitation des populations de petits rongeurs. Après des siècles de persécution, les chouettes accédaient ainsi au rang d’alliées du jardinier et de l’agriculteur.

Les rapaces nocturnes chassent à l’ouïe, bien que leur acuité visuelle dans le noir, soit largement supérieure à la nôtre. Les effraies et les autres chouettes sont des élues de la perfection. Jugez-en !

Le masque facial fonctionne comme une parabole qui réceptionne les moindres sons. Ce masque, divisé en deux parties, l’une légèrement dirigée vers le haut et inversement pour l’autre, reçoit les bruits venant de ces deux directions. Mais, cela ne suffisant pas pour localiser avec précision les proies, les conduits auditifs sont à l’instar du masque, également disposés différemment. C’est donc en analysant très rapidement les informations reçues, que la chouette capturera ses proies avec une marge d’erreur de seulement 2° à 25 mètres.

Vous avez tous assisté à l’envol d’un pigeon et constaté le bruit engendré par son essor. Pour surprendre en silence ses proies, notre chouette s’est attribué un autre atout. La bordure d’attaque des rémiges, plumes des ailes, est pourvue d’une rangée de barbillons dont l’utilité consiste à fractionner le frottement de l’air et d’anéantir  tous les bruits trahissant sa présence. Pour m’être souvent embusqué à proximité des lieux de nidification, il m’est souvent arrivé de soupçonner l’entrée des chouettes dans une grange ou un grenier, uniquement au léger déplacement d’air silencieux et feutré.

Le chiffre de 3 000 à 4 000 rongeurs, souvent avancé pour sa consommation annuelle, est un chiffre étayé à maintes reprises, par des études poussées et qui laisse à réfléchir. Notre belle chouette et ses comparses semblent, et sans conteste, le meilleur remède pour lutter contre les pullulations de mulots et campagnols, destructeurs de nos cultures.

 

Alors, si l’effraie veille sur vos cultures, pourquoi ne pas veiller sur elle, en lui installant un nichoir chez vous. Ce sera la suite de cet article, mais en attendant…

 

Restez curieux de Nature, elle est source d’émerveillement et… ne déçoit jamais.

 

Michel RIBETTE

 pour Terres de Nauze

 - mars 2019 –

 

(1) L’Effraie des clochers est l’oiseau à qui j’ai consacré le plus de mon temps -35 ans de suivi – un livre qui me valut un prix de littérature et de philosophie, attribué par l’Académie française en 2004 – un film pédagogique pour illustrer l’opération nationale de sensibilisation « La Nuit de la chouette »- de nombreux reportages pour les télés et en novembre prochain, vous me retrouverez en sa compagnie sur ARTE pour une série que nous avons consacrée aux animaux autrefois mal vus.

(2) autrefois, deux couples nichaient au village, un sous le toit de l’église et l’autre dans le clocher de la Mairie. Aujourd’hui, le grillage posé pour combattre l’invasion des pigeons, leur empêche tout projet pour nicher dans nos murs.

 

 

Cliquez sur les images

 

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Vont suivre :

 

  

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- Bruno a tutoyé les chevreuils de La Croix à quelques mètres de lui.

 

- Les Hauts de la Couze, le cours supérieur du Dropt et le Valech, désespérément à sec

 

- Le vernissage de la galerie de peinture

 

- Le printemps à la filature

 

- Le R.D.V du 26 mars au Tribunal administratif

 

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- Une troupe bigourdane de théâtre attendue à Sagelat et à Villefranche, viendra vous parler d'une histoire sous l'Occupation. Un comédien de la troupe établit ses racines familiales dans les Hauts de Lémance et dans le bassin de la Nauze. 

 

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24/03/2019
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